Le TDAH : ni un handicap, ni un super pouvoir
Réflexions sur le TDAH, l'apprentissage autodidacte et la façon de travailler avec son propre fonctionnement plutôt que contre lui.
Depuis quelques années, on entend parler du TDAH partout.
Pour certains, c’est devenu une mode. Pour d’autres, c’est un super pouvoir. D’autres encore pensent que « tout le monde est un peu TDAH aujourd’hui ».
Personnellement, je ne me reconnais dans aucun de ces discours.
J’ai grandi avec ce fonctionnement bien avant que les réseaux sociaux commencent à en parler. À l’époque, on ne disait pas que j’étais un génie. On disait plutôt que j’étais dans la lune.
Je me souviens encore d’une enseignante qui me lançait en plein cours :
« La Terre appelle la Lune. »
La Lune, c’était moi.
Pendant que tous les autres élèves avaient déjà leur cahier ouvert à la bonne page, le mien était encore dans mon sac. Ce n’était pas parce que je ne voulais pas travailler. Ce n’était pas parce que je refusais d’écouter. C’était simplement comme si mon cerveau mettait quelques secondes de plus à embarquer dans le train.
Ce genre de scène s’est répété pendant des années.
Pourtant, lorsque quelque chose m’intéressait réellement, je pouvais passer des heures complètement absorbé par un sujet.
Très jeune, j’ai découvert que j’apprenais rarement de la même façon que les autres.
Si j’avais envie d’apprendre à dessiner, je prenais simplement un crayon et une feuille de papier, puis je dessinais. Je faisais des essais, je recommençais, je m’améliorais.
Lorsque j’ai voulu apprendre la guitare, je n’ai pas commencé par lire un manuel. J’ai pris une guitare, je l’ai branchée et j’ai commencé à expérimenter jusqu’à ce que les sons deviennent de la musique.
Plus tard, ce même fonctionnement m’a amené vers la modélisation 3D, la programmation, l’intelligence artificielle et bien d’autres domaines.
Je n’ai jamais attendu de tout comprendre avant de commencer.
J’ai toujours commencé… puis appris en chemin.
C’est probablement l’un des aspects les plus mal compris du TDAH.
Ce n’est pas un manque d’intelligence.
Ce n’est pas non plus une intelligence supérieure.
C’est une façon différente de diriger son attention.
Mon cerveau fonctionne rarement en ligne droite. Il saute d’une idée à l’autre. Il établit des liens que d’autres ne voient pas toujours immédiatement. Cela peut être une force dans un contexte créatif, mais cela peut aussi devenir une difficulté lorsqu’il faut suivre une routine très rigide ou accomplir une tâche qui n’a aucun sens à mes yeux.
Pendant longtemps, j’ai eu l’impression que l’école mesurait surtout ma capacité à suivre un rythme.
On nous demandait d’ouvrir le bon livre à la bonne page, de réaliser un exercice dans le temps prévu et d’atteindre les objectifs fixés pour toute la classe.
Je comprends aujourd’hui pourquoi ce fonctionnement existe. Enseigner à plusieurs dizaines d’élèves en même temps n’est pas une tâche simple, et un cadre commun est souvent nécessaire.
Mais, pour moi, ce cadre ne correspondait pas toujours à ma façon d’apprendre.
Pendant que les autres cherchaient la réponse attendue, mon cerveau était déjà en train de se demander pourquoi les choses fonctionnaient ainsi. Une réponse amenait une nouvelle question, puis une autre. Non pas parce que je refusais d’apprendre, mais parce que comprendre le sujet m’intéressait davantage que simplement retenir la matière.
J’ai aussi réalisé quelque chose d’important sur moi-même : je n’ai presque jamais appris pour réussir un examen. J’ai toujours appris dans le but de construire quelque chose.
Si je voulais créer un modèle en 3D, je cherchais les connaissances qui me permettraient d’y arriver.
Si je voulais programmer un logiciel, j’apprenais les outils nécessaires pour le réaliser.
Si je voulais comprendre l’intelligence artificielle, je partais d’un projet concret, puis je remontais le fil des connaissances dont j’avais besoin.
Mon apprentissage a presque toujours commencé par un objectif concret, puis les connaissances sont venues naturellement pour me permettre de l’atteindre.
À l’école, j’avais parfois l’impression que le chemin était inversé. On me présentait d’abord la matière, avec l’idée qu’elle me servirait peut-être un jour.
Aujourd’hui, je comprends que cette approche fonctionne très bien pour certaines personnes.
Pour moi, en revanche, la motivation est presque toujours née d’un projet, d’une idée ou d’une question qui éveillait ma curiosité.
C’est probablement pour cette raison que je me considère encore aujourd’hui comme un grand autodidacte.
Lorsque quelque chose me passionne, je peux apprendre pendant des heures sans avoir l’impression d’étudier.
Ce n’est pas que je déteste apprendre.
Au contraire.
J’aime simplement apprendre lorsque je comprends pourquoi j’apprends.
Pendant longtemps, j’ai cru que quelque chose clochait chez moi.
Aujourd’hui, je vois les choses autrement.
Le TDAH ne fait pas de moi une meilleure personne.
Il ne fait pas non plus de moi une moins bonne personne.
Il explique simplement une partie de mon fonctionnement.
Je me méfie aussi d’une autre idée très populaire : celle du « surdoué ».
On entend parfois dire que tous les enfants qui ont de la difficulté à entrer dans le moule seraient des génies incompris. Je pense que cette idée simplifie beaucoup une réalité qui est, en fait, beaucoup plus nuancée.
Certaines personnes ont un haut potentiel intellectuel.
D’autres vivent avec un TDAH.
Certaines présentent les deux.
Et beaucoup ne présentent ni l’un ni l’autre.
Coller une étiquette ne résout rien.
Ce qui aide vraiment, c’est de comprendre comment une personne apprend, ce qui la motive et dans quel environnement elle peut s’épanouir.
Je ne crois pas que le TDAH soit un handicap au sens où il empêcherait quelqu’un de réussir.
Je ne crois pas non plus que ce soit un cadeau qui garantit la créativité ou le succès.
Je pense plutôt que c’est une façon différente de fonctionner, avec ses défis, mais aussi avec ses forces.
Plus je me connais, plus je réalise que je ne dois pas essayer de penser comme tout le monde.
Je dois apprendre à travailler avec mon propre fonctionnement plutôt que contre lui.
Aujourd’hui, lorsque je développe un logiciel, que j’écris un article ou que je construis un nouveau projet, je retrouve cette même curiosité qui m’habitait lorsque j’étais enfant.
La différence, c’est qu’au lieu d’essayer de la combattre, j’ai décidé de travailler avec elle.
Si je pouvais laisser un seul message à quelqu’un qui vient tout juste d’apprendre qu’il est atteint d’un TDAH, ce serait celui-ci :
Tu n’es ni brisé, ni extraordinaire.
Tu n’es pas moins intelligent que les autres.
Tu réfléchis simplement d’une manière qui ne correspond pas toujours au chemin le plus fréquent.
Apprends à te connaître.
Apprends à comprendre ce qui nourrit ta curiosité.
Parce qu’au final, ce n’est pas le diagnostic qui définira ce que tu deviendras.
C’est la façon dont tu apprendras à vivre avec toi-même.