Le futur de l'emploi à l'ère de l'intelligence artificielle
À mesure que les robots et l'intelligence artificielle gagnent en autonomie, une question fondamentale se pose : comment les humains gagneront-ils leur vie demain ? Une réflexion sur l'automatisation, la richesse, le revenu universel et le sens du travail.
Le futur de l’emploi à l’ère de l’intelligence artificielle : comment gagnerons-nous notre vie demain ?
Depuis la révolution industrielle, notre société repose sur une idée simple : pour gagner sa vie, il faut travailler. Cette idée est tellement profondément ancrée dans notre culture que nous avons tendance à définir les gens par leur profession.
« Que fais-tu dans la vie ? »
Cette question est souvent l’une des premières que nous posons lorsque nous rencontrons quelqu’un.
Mais que se passera-t-il lorsque les machines et les intelligences artificielles seront capables d’accomplir une part croissante du travail humain ?
Pendant longtemps, les avancées technologiques ont remplacé certaines tâches tout en créant de nouveaux emplois. Lorsque les tracteurs sont apparus, ils ont réduit le besoin de main-d’œuvre agricole, mais ils ont aussi créé des emplois dans l’industrie, la mécanique, le transport et les services.
Aujourd’hui, quelque chose semble différent.
Pour la première fois dans l’histoire, nous développons des systèmes capables d’automatiser non seulement le travail physique, mais aussi certaines tâches intellectuelles. Les robots travaillent déjà dans les usines. Les intelligences artificielles rédigent des textes, programment, traduisent, analysent des données et assistent les travailleurs dans un nombre croissant de domaines.
La question n’est plus de savoir si ces technologies transformeront le marché du travail. Elles le font déjà.
La véritable question est la suivante :
Comment les humains gagneront-ils leur vie dans un monde où une part importante de la production sera assurée par des machines ?
Une société plus productive que jamais
Imaginons une usine dans dix ou vingt ans.
Là où il fallait autrefois cinq cents travailleurs, il n’en faut plus que cinquante. Les robots effectuent les tâches répétitives, les systèmes automatisés gèrent la logistique et l’intelligence artificielle optimise les opérations en temps réel.
La production augmente.
Les coûts diminuent.
L’entreprise devient plus rentable.
D’un point de vue économique, c’est un succès.
Mais une question demeure : que deviennent les quatre cent cinquante travailleurs qui ne sont plus nécessaires ?
Le problème n’est pas que la société manque de richesse.
Le problème est de savoir comment cette richesse est distribuée.
La concentration de la richesse
Lorsque l’on parle de revenu de base ou de revenu universel, le débat se concentre souvent sur le coût du programme.
Pourtant, il existe une autre question tout aussi importante : la concentration de la richesse.
Nous vivons dans un monde où certaines fortunes individuelles atteignent des niveaux difficiles à imaginer. À partir d’un certain seuil, l’argent cesse pratiquement d’être un outil pour répondre à des besoins personnels. Il devient une accumulation de pouvoir économique.
Je ne crois pas que le problème soit l’existence de personnes riches.
Le problème apparaît lorsque les gains de productivité profitent à un nombre de plus en plus restreint d’individus tandis qu’une partie croissante de la population voit sa sécurité économique diminuer.
Si les robots et les intelligences artificielles produisent une richesse immense, qui en bénéficiera ?
Les propriétaires des systèmes ?
Les actionnaires ?
Ou l’ensemble de la société ?
Cette question pourrait devenir l’un des grands débats du XXIe siècle.
Le revenu universel est-il la solution ?
L’idée d’un revenu universel n’est pas nouvelle. Depuis plusieurs siècles, des philosophes, économistes et penseurs ont proposé différentes formes de revenu garanti.
L’objectif est simple : assurer à chaque citoyen un revenu minimal lui permettant de vivre dignement, indépendamment de sa situation professionnelle.
Les partisans y voient une façon de protéger les individus contre les bouleversements économiques à venir.
Les critiques soulignent les défis de financement, les risques d’inflation ou les effets possibles sur le marché du travail.
Personnellement, je crois que le véritable obstacle n’est pas technique.
Le véritable obstacle est politique.
Les systèmes politiques évoluent souvent plus lentement que les technologies. Pendant que les intelligences artificielles progressent à une vitesse fulgurante, les gouvernements doivent composer avec des cycles électoraux, des compromis et des intérêts divergents.
L’histoire montre toutefois que de nombreuses idées autrefois jugées irréalistes ont fini par être adoptées : l’assurance maladie, les pensions publiques, les congés parentaux ou l’assurance chômage.
Le revenu universel pourrait suivre une trajectoire similaire, ou prendre une forme différente que nous n’imaginons pas encore aujourd’hui.
Et si le travail ne disparaissait pas ?
Une autre possibilité mérite d’être considérée.
Peut-être que les humains ne cesseront jamais de travailler.
Après tout, lorsque nous observons les créateurs, les artistes, les développeurs, les chercheurs ou les bénévoles, nous constatons que beaucoup de gens continuent à produire, apprendre et construire même lorsqu’ils n’y sont pas obligés.
Le problème n’est peut-être pas le travail lui-même.
Le problème est l’obligation de consacrer la majorité de notre temps à des activités qui ne correspondent pas toujours à nos aspirations profondes.
Si nos besoins fondamentaux étaient garantis, combien de personnes choisiraient de créer, d’enseigner, d’innover ou d’aider les autres simplement parce qu’elles en ont envie ?
Je soupçonne que beaucoup plus de gens que nous le croyons.
Une nouvelle définition de la valeur humaine
La question la plus importante n’est peut-être pas économique.
Elle est philosophique.
Depuis des générations, nous associons la valeur d’un individu à sa capacité à produire un revenu.
Mais dans un monde où les machines accomplissent une part croissante du travail, cette association pourrait devenir de plus en plus difficile à maintenir.
Peut-être devrons-nous apprendre à reconnaître la valeur humaine autrement.
Par la créativité.
Par l’entraide.
Par l’éducation.
Par la culture.
Par les communautés que nous bâtissons.
Par les idées que nous transmettons.
L’avenir du travail n’est donc peut-être pas seulement une question de robots ou d’intelligence artificielle.
C’est avant tout une réflexion sur la place que nous souhaitons accorder à l’être humain dans une société devenue plus productive que jamais.
Et si la véritable richesse de demain n’était pas le temps que nous consacrons à gagner notre vie, mais plutôt le temps que nous pouvons consacrer à la construire ?